25 février 2024 ~ 0 Commentaire

petit traité de machiavélisme

Petit traité de machiavélisme

Le Princede MACHIAVEL publié en 1532 a cherché à définir l’autonomie du politique par rapport à la morale et à la religion et se propose comme un « miroir des Princes » : le philosophe florentin propose des conseils aux grands de ce monde sur la manière de prendre et de conserver le pouvoir : le bon prince doit adapter sa « virtu » et sa volonté d’agir à la « fortuna » et aux circonstances toujours changeantes de l’action politique et dont les règles visent l’efficacité du gvt, non sa bonté. Refusant la tyrannie florentine des MEDICIS qui lui valut la disgrâce et la prison, il prend acte du règne des apparences ou plutôt de l’apparition. Le prince doit avoir la force du lion et la ruse du renard pour paraître avoir les qualités du loyalisme et de l’intégrité donc tout est affaire de représentation. Il s’agit moins de faire croire à sa vertu ou à son amour que de se faire craindre sans pour autant être détesté.

On nomme donc machiavélisme « la politique en tant qu’elle fait le mal » (Claude Lefort). En effet, Machiavel sépare le politique de toute considération morale. Il ne prône pas pour autant l’immoralisme en politique, ne dit pas que les gouvernants doivent faire le mal, mentir, opprimer mais que dans leurs jugements et leurs actes, ils ne doivent pas tenir compte des considérations morales. La politique est moralement neutre, amorale (mais pas forcément immorale). L’État ne doit faire que ce dont il a besoin pour se maintenir : en effet, Machiavel inaugure l’âge de la politique rationnelle et pragmatique, totalement désacralisée ; il n’y a pas de bien ou de mal en soi en politique ; il se propose d’analyser ce qu’est la monarchie (mas il vise le pouvoir politique en général) : « comment on l’acquiert, comment on la garde, pourquoi on la perd ». L’État est réduit à des mécanismes de conquête et de conservation et la politique aux techniques permettant de gouverner. Il le vide donc de toute substance morale. Il décrit les Etats non tels qu’ils devraient être (point de vue moraliste et idéal) mais tels qu’ils sont (point de vue factuel) (# L’utopie de Thomas More). Machiavel ne s’adresse pas à la sagesse du Prince mais à ses intérêts, la fin justifiant les moyens. Sa formule exacte étant : « qui veut la fin veut les moyens ».

Or, il n’y a pas de pouvoir possible sans dissimulation : le pouvoir ne peut s’exercer sur le mode de la division de l’être et du paraître. Un prince doit apprendre à n’être pas vertueux tout en ayant l’art de le paraître, il doit avoir l’air bon, généreux, juste, alors qu’il lui faut agir cruellement, c’est-à-dire « entrer dans le mal s’il y a nécessité », car les différents usages du mal sont féconds dans la constitution du lien social ; Machiavel fonde la liberté sur le conflit et nous enjoint à renoncer à une société unifiée et réconciliée : « De là naît une dispute : s’il vaut mieux être aimé que craint, ou l’inverse. La réponse est qu’il faudrait l’un et l’autre, mais comme il est difficile d’accorder les deux, il est bien plus sûr d’être craint qu’aimé, si l’on devait se passer de l’un d’eux ». L’action politique relève d’un impératif hypothétique (et non catégorique cf Kant) qui subordonne l’action à une fin externe au lieu que l’action soit soumise à une fin nécessaire en soi. Simulation du faux et dissimulation du vrai sont les conditions d’exercice du pouvoir. Tout doit être sacrifié à cette valeur supérieure qu’est la stabilité de l’État.

En effet, les hommes sont méchants et les lois ne suffisent pas à les dompter : « ils sont ingrats, changeants, simulateurs et dissimulateurs, lâches devant le danger, cupides devant le gain ; lorsque tu contribues à leur bien, ils sont tout à toi, il t’offrent leur sang, ce qu’ils possèdent, leur vie, leur progéniture, comme je l’ai dit plus haut, tout cela lorsque le danger est loin. Mais lorsqu’il s’approche, ils font volte-face. Le prince qui s’est entièrement fondé sur leurs paroles se trouve alors entièrement dépourvu et s’effondre. Car les amitiés que l’on achète contre monnaie sonnante plutôt que par la grandeur et par la noblesse d’âme, on les paie mais on ne les possède pas, et on ne peut les dépenser quand on en a besoin ». Le prince doit donc « faire la bête » : être fort comme le lion et rusé comme le renard. « Et les hommes éprouvent moins d’hésitation à nuire à quelqu’un qui se fait aimer qu’à quelqu’un qui se fait craindre – car l’amour est sous-tendu par un lien d’obligation qui du fait de la méchanceté des hommes est rompu à la moindre occasion, où ils voient leur profit personnel, tandis que la crainte est sous-tendue par une telle peur du châtiment qu’elle ne te fera jamais défaut. »

Tout dépendra des circonstances et du hasard, de la fortune (hasard, circonstances, matière qui résiste à l’homme politique). Il faut de la virtu pour incliner les événements dans notre sens c’est-à-dire une capacité d’adaptation et d’utilisation des circonstances, la force d’imposer sa loi à la fortune, un sens du kairos (le moment opportun en grec). La stratégie politique est un art, certes, une habileté, mais surtout une habileté à s’adapter. Il faut savoir saisir l’occasion (le kairos en grec), avoir le talent pour discerner, dans le cours contingent des affaires humaines, le moment favorable pour agir. Cette vertu kaïrique ne s’apprend pas, c’est un don, c’est ce qui fait le génie politique. Toutefois elle peut gagner en efficacité grâce à l’expérience. Tout son art consistera à travailler avec ce matériau (les événements, les passions humaines) et à le mettre en forme. Le prince ne peut pas faire que le monde suive le cours qu’il désire, mais il peut s’adapter à cette contingence pour en tirer profit. Son art est virtuosité : capacité de transformer le matériau brut de la fortune en réussite, d’innover constamment. D’ailleurs la ruse est souvent plus judicieuse que la force qui, quand elle opprime trop le peuple, risque de conduire à l’échec. L’apparence, l’image est donc le meilleur de ses instruments.

Cela suppose aussi un certain « réalisme politique ». En effet, ce que le prince regarde, ce n’est pas un peuple abstrait, ce ne sont pas des hommes tels qu’ils peuvent être définis par la philosophie : ce sont des hommes en chair et en os, des hommes de passion, qui cherchent avant tout leur intérêt personnel. Le prince cherche à obtenir et conserver le pouvoir. Or, sans l’obéissance du peuple, il ne peut rien faire, son pouvoir, il le doit en partie à cette obéissance. L’attachement du peuple constitue l’assise de son pouvoir, c’est pourquoi il vaut mieux être craint qu’aimé (les hommes se soumettent plus à ce qui leur fait peur qu’à ce qu’ils respectent) ; mais il vaut mieux aussi être craint que haï (car la haine du peuple conduit à sa rébellion). Il lui faut donc connaître les passions humaines et s’en servir : user de la force pour se faire craindre, mais aussi savoir amadouer, pour éviter de se faire haïr. Ici Machiavel préfigure que l’on a appelé plus tard le « populisme », l’art de s’attacher le peuple et ses faveurs, en sachant comprendre les passions du peuple, si viles soient-elles. Réalisme politique : il est nécessaire de s’en tenir à ce qui est, à voir le monde tel qu’il est, la situation concrète, à s’en tenir par suite à ce que Machiavel nomme explicitement, au chapitre XV, « la vérité effective de la chose ». Si l’époque est violente, c’est donc par la violence, la guerre qu’il faudra régner. On ne fait pas de politique avec des bons sentiments.

Ainsi, on aurait tort de voir dans la pensée de Machiavel un pur et simple « machiavélisme », au sens où l’homme se comporterait toujours de manière condamnable, sadique, perverse – cherchant à faire le mal pour faire le mal – ou bien au sens où l’homme ne rechercherait que son propre plaisir, égoïstement. Chez le prince, la force, la ruse, la violence ne sont jamais des fins en soi. Distinguer « machiavélique » de « machiavélien ». La maîtrise du « machiavélique » (qui, encore une fois n’est pas le machiavélien) est une maîtrise absolue qui doit absorber l’usage de tous les procédés, de toutes les technologies (la violence, la ruse, la séduction) car face à elle, en dépit des apparences, ne se tiennent pas des victimes sans défense mais des sujets susceptibles, virtuellement, de la pire malfaisance. Les maléfices du pouvoir sont donc un miroir de la condition humaine dont il faut prévenir les agissements. Pour Machiavel, la politique doit s’émanciper de la morale car l’action collective ne peut relever des mêmes exigences que l’action privée ; on pourrait ainsi opposer la position du « moraliste politique » comme Machiavel qui relève plus du « réalisme politique » avec le « politique moral » de Kant qui considère qu’aucune politique digne de ce nom ne devrait être immorale et mensongère.

// HA Dans les deux articles, Arendt considère la plus souvent la politique comme l’ensemble des moyens utilisés par un gouvernement pour acquérir le pouvoir, l’exercer et le conserver. Mais aussi forcément les moyens utilisés par d’autres pour lutter contre ce pouvoir. Ce qui correspond au champ délimité par Machiavel dans Le Prince.De plus il y a une phrase de Machiavel que HA rappelle souvent : « j’aime ma patrie plus que mon âme » comme étant la devise de tout politique. HA se positionne contre la philosophie politique de Platon (trop idéaliste et abstraite) et proche de celle de Machiavel.Même constat de fait que Machiavel et même souci de l’État politique, donc. VP p 312-313 : HA reconnaît que des véritésphilosophiques / des principes moraux socratiques (comme « mieux vaut subir que commettre une injustice ») ou chrétiens (comme le fait de « tendre l’autre joue ») sont difficiles à mettre en pratique surtout en politique quand il s’agit de combattre des ennemis, comme Machiavel le montrera : il « recommande de protéger le domaine public contre le principe pur de la foi chrétienne (ceux qui refusent de résister au mal permettent aux méchants « de faire autant de mal qu’il leur plaît») » bref éviter l’angélisme.

Mais Arendt ne croit pas que la politique se réduise à cela. Voir la fin de VP où elle énonce ce que la politique devrait être en droit : 335-336 : elle avoue n’avoir parlé de la politique que comme « un champ de bataille » où s’exerce « l’appétit de domination » de fait, en pratique. Mais elle prétend que faire de la politique peut signifier aussi en droit « agir ensemble » en nous insérant « dans le monde par la parole et par l’action » en nous fiant à une vérité commune, « sol sur lequel nous nous tenons ». Dans ce cas, la vérité est indispensable, parce que le mensonge ruinerait le contrat tacite de confiance sur lequel repose l’action commune (le « sol » de cette action se déroberait).

// Lo veut « entamer par la ruse un combat singulier avec mon ennemi » à savoir le tyran III3/138.

Mais c’est leCardinal Cibo qui est soupçonné par la marquise d’être le plus machiavélique de tous : « Mais enfin, que vous soyez ambitieux, que tous les moyens vous soient bons, je le conçois ; mais parlerez-vous plus clairement ? […] Quel est votre but ? » (La marquise au cardinal) IV, 4, p. 162

LD Machiavel serait « l’autre technicien du masque » selon Malraux, avec Valmont, car il cherche à agir sur une partie de l’esprit de sa victime pour ensuite transformer tout son être.

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

De la science à plein pot ! |
Mineralurgie |
Nous, Aides et assistantes ... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | JB et son stage d'ingé
| Cours de Mathématiques de 6...
| Cours de Mathématiques de 5...