LA NATURE MORTE EN PEINTURE

Une nature morte est une peinture représentant des objets inanimés, longtemps considérée comme un art mineur ; dénuée de toute action, elle est depuis le XVIIème considérée comme la plus apte à révéler la finitude. Ces « vanités » représentent des objets assemblés qui évoquent le temps qui passe et suggèrent la mort possible ou prochaine. Elles invitent le spectateur à prendre conscience de sa finitude et de l’inutilité de toutes les sortes de richesse de ce monde, qui sont transitoires et ne résistent pas face à une mort inéluctable. Les savoirs, les richesses matérielles, les plaisirs terrestres ne surpassent pas la mort, et le spectateur doit toujours se le rappeler afin de préparer son salut et de suivre la voie chrétienne. Les « vanités » (def : ce qui est vain donc illusoire, n’ayant pas de valeur réelle, car vide malgré les biens possédés) illustrent le « memento mori » et montrent combien la vie humaine est brève, éphémère, fragile, transitoire. Ce genre pictural doit son nom à une phrase extraite de l’Ecclésiaste : « vanitas vanitatum et omnia vanitas », soit « vanité des vanités, tout est vanité ».

champaigne_vanite

Ex : La « Vanité » de Philippe de Champaigne (1646) où l’on voit entre un sablier et un vase de cristal (objets communs) contenant deux roses dont l’une commence à s’effeuiller, un crâne humain. Cette vanité, extrêmement sobre et dépouillée, fonctionne comme un triptyque : à droite se trouve une fleur, qui symbolise la jeunesse, la fraîcheur, la beauté, mais aussi la fragilité et la brièveté de l’existence. Si elle est pour le moment épanouie, elle ne résistera pas aux effets du temps et se fanera rapidement. Le sablier, à gauche, représente la fuite du temps, sur lequel l’homme n’a aucune prise. Le temps passe, recouvre nos corps, s’accompagne de l’oubli. Nous vieillissons un peu plus chaque jour pour finir par mourir. Le crâne humain occupe une place centrale, à la fois spatialement – le regard se fixe sur lui, comme happé -, mais aussi sémantiquement. Il délivre la clé de lecture de cette vanité, au demeurant traditionnelle : memento mori : rappelle-toi que tu es mortel. Tout en ce bas monde finit par passer, et l’homme à plus forte raison. Le spectateur est donc convié à réfléchir sur sa propre finitude à et à préparer inlassablement son salut.

Le peintre nous entraîne voire nous enfonce dans le monde silencieux des objets inanimés. La nature morte semble nous enfermer dans le monde des choses inertes, naturelles ou culturelles. Mais comme disait Proust elle devient « nature vivante » car nous révèle a contrario la force et la valeur sacralisée de la vie ; de plus, ce sont des choses inertes mais qui ont vécu, donc c’est la vie qui s’en est dégagée qui nous émeut et ainsi les objets semblent toujours vivants à travers notre regard (d’ailleurs on dit « still life » en anglais, ce qui est plus parlant) ; et ce monde de la matière révèle aussi la vie intérieure de l’esprit de l’artiste, nous incitant à une méditation sur la vie et la mort, les deux étant liés.

 Ainsi, la représentation de la nature ne s’adresse pas qu’à notre sensibilité mais aussi à notre intelligence de la temporalité et de la finitude de l’existence, dont nous sommes les seuls à pouvoir prendre conscience. Ce sont des peintures allégoriques, qui demandent décryptage et connaissances. Ces tableaux proposent donc à l’homme de se considérer tel qu’il est et de se tourner tout entier vers le christianisme, seule religion, pour l’époque, à pouvoir dépasser la mort.

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